26.01.2008

Sclérose en plaques : Le Pantin (Partie 1)

L'association Notre Sclérose a décidé de rediffuser des anciens témoignages pour les nouveaux arrivants sur le blog.

medium_pantin.jpg

medium_bras.jpgLa longue aiguille pénètre ma veine, je ne ressens pas de douleur ou si peu que mon esprit focalise aussitôt sur ce qui m'entoure. Ma chambre est claire et toute en longueur. Les murs d'un vert pastel donnent une touche plutôt gaie au lieu. La cortisone se répand à présent depuis un moment dans mon corps, je suis seul, l'infirmière m'a quitté. Posé là sur ce lit étranger comme une invitation à l'oisiveté, j'attends. Mon séjour commence en douceur.

Je n'ai pas compté le nombre de mes hospitalisations, cette addition macabre doit freiner ma curiosité. Comme à chaque fois je ne me sens pas à ma place, je suis entouré de vieillards en fin de parcours et pour un presque jeune comme moi, l'odeur de la vieillesse ne me rappelle qu'un peu plus la terrible décrépitude (passagère ?) de mon propre corps.

Deux heures maintenant que je n'ai pas bougé de mon lit, je décide de sortir. medium_vert-hospi.jpgPar chance, je suis juste à côté de la sortie de secours, ce qui rendra mes expéditions plus commodes. J'allume un des joints que je me suis préparé à l'avance chez moi avec comme seule compagnie ma perf qui reste d'un ennui atterrant, il est 12h. Je ne prends pas garde au personnel hospitalier.
La contemplation de mes pieds, au bout d'un certain temps, devient risible et c'est avec un plaisir certain que j'accueille mon plateau-repas, composé de mets les plus désirables à mes yeux, l'effet du THC sans doute.

Cet épisode culinaire vite passé, je décide de m'octroyer le luxueux privilège d'une sieste. Le produit qui m'est injecté est un puissant corticoïde qui a un effet dopant certain ; bon nombre de personnes s'en délecteraient assurément mais moi, mis à part le fait qu'il m'empêche de trouver le sommeil, je n'en perçois pas encore les bienfaits…
Oubliée donc la sieste, me rabattant sur mes lectures, je n'y trouve malheureusement qu'un salut bien tiède.

Quatre jours auparavant, je débutais un nouveau job. Je ne peux dire que ces nouvelles attributions me comblaient de bonheur. Le travail en lui-même n'avait rien d'excitant et les horaires étaient tout simplement épouvantables. Au chômage depuis peu, je voulais retravailler sans perdre de temps. Je saisissais donc cette opportunité, à contrecœur je dois l'avouer, car la maladie criait déjà de toutes ses forces, au détriment des miennes. Je différais donc mon hospitalisation en me convainquant de la justesse de la citation de Louis 14 : « le travail n'épouvante que les âmes faibles. »

1er jour
- Pas de vouvoiement entre nous s'il te plaît !
Le ton réprobateur de ma nouvelle collègue supprime toute autre alternative.
- Oui, excuse moi, j'ose d'une voix endormie. Il est 5 h du matin.
- Les cartons sont là, le transpalette de l'autre coté.
Le rayon "huile et condiments" sera mon nouveau royaume. D'un pas que j'essaye déterminé, je m'attelle donc à ma tâche. Très vite, hélas, je comprends que l'entreprise sera délicate. En effet, « mes gants de fer », comme j'aime à dire, me gênent énormément, tout simplement du fait que je ne sens que médiocrement ce que je tiens entre mes mains…
Pas découragé pour autant, je redouble de concentration pour éviter une catastrophe dès le premier jour. Je dois dire que cette matinée s'est plutôt bien déroulée (mis à part les pauses pipi de toute urgence). Mes nouveaux compagnons d'infortune (que des femmes !), plutôt que résignées, donnent dans la bonne humeur et les blagues salaces. Ma timidité légendaire m'interdit toute répartie.
medium_cornichons.jpgÀ la fin de la matinée, je signe mon CDI en me demandant si je fais bien… Je ne me sens pas vraiment à ma place. Se lever à 4 h pour faire la discussion à des boîtes de cornichons peut s'avérer, à la longue, traumatisant, me répète une petite voix qui me trotte dans la tête. Sur ces considérations, je regagne mon domicile…

La suite des aventures de Pascal, demain, même heure, même endroit !

Texte de Pascal Brugerie.
Photos d'Arnaud Gautelier.